Feux de forêt : quels risques pour l’eau et les nappes phréatiques ?

Mise à jour : 9 août 2026

Les violents incendies qui ont frappé la France durant l'été 2026, notamment en Gironde, dans les Landes et dans le Var, posent naturellement une question moins visible que celle de la fumée ou des surfaces forestières détruites : que devient la qualité de l'eau après un incendie de grande ampleur ?

Les cendres, les sols brûlés et les substances libérées par la combustion peuvent être entraînés par les pluies vers les rivières, les lacs et les retenues d'eau. Mais peuvent-ils également atteindre les nappes phréatiques ?

La réponse scientifique est : oui, c'est possible, mais ce n'est ni automatique ni uniforme. Le risque dépend notamment de la nature du sol, de la profondeur de la nappe, de l'intensité de l'incendie, des précipitations qui suivent le feu et des substances présentes dans les zones brûlées.

Un été 2026 marqué par des incendies exceptionnels

La saison 2026 est particulièrement sévère.

Dans une publication mise à jour le 31 juillet 2026, le ministère de l'Intérieur indiquait que 119 000 hectares avaient déjà brûlé en France depuis le début de l'année, avec 14 320 feux recensés depuis le début de la saison. Le ministère signalait alors des incendies importants en Gironde, dans les Landes, mais également dans le Var, en Corse et en Côte-d'Or.

Dans le Sud-Ouest, les incendies ont pris une dimension exceptionnelle. Selon le ministère de la Transition écologique, le feu de Saumos, déclenché le 22 juillet, a concerné environ 39 800 hectares, tandis que celui de Biscarrosse, déclenché le 23 juillet, a concerné environ 3 600 hectares. Plus de 240 bâtiments ont été endommagés et plus de 250 000 personnes ont dû être évacuées.

Début août, le Var était lui aussi confronté à un incendie majeur autour du Gros Bessillon, avec environ 6 300 hectares parcourus par le feu et 5 700 hectares brûlés selon la préfecture du Var.

Ces superficies considérables ne représentent pas seulement une perte forestière. Elles modifient temporairement le fonctionnement des sols et du cycle de l'eau.

Comment un incendie peut-il polluer l'eau ?

Lorsqu'une forêt brûle, les arbres ne sont pas les seuls éléments transformés.

Le feu produit des cendres, des particules minérales et de la matière organique carbonisée. Il peut également modifier la disponibilité de certains éléments naturellement présents dans les sols.

Pendant l'incendie, des cendres et des particules transportées par l'atmosphère peuvent directement retomber dans les rivières, les lacs et les retenues.

Mais un phénomène particulièrement important intervient après l'incendie, lorsqu'il recommence à pleuvoir.

La végétation et la litière forestière qui retenaient auparavant une partie de l'eau ont disparu. Les sols sont davantage exposés à l'érosion. Les pluies peuvent alors transporter vers les cours d'eau de grandes quantités de :

  • cendres ;
  • sédiments ;
  • matière organique ;
  • nutriments ;
  • fer et manganèse ;
  • autres métaux et éléments minéraux.

L'US Geological Survey (USGS), organisme scientifique public américain spécialisé notamment dans les ressources en eau, confirme que les incendies peuvent augmenter l'érosion et les apports en sédiments, nutriments, carbone organique dissous, ions et métaux dans les eaux situées en aval des zones brûlées.

Le sol peut même devenir temporairement moins perméable

Un autre phénomène est particulièrement intéressant.

Sous l'effet de températures élevées, certains sols peuvent développer une hydrophobicité, autrement dit devenir temporairement plus répulsifs à l'eau.

Au lieu de pénétrer progressivement dans le terrain, une proportion plus importante des précipitations peut alors ruisseler en surface.

L'USGS explique que la chaleur intense d'un incendie peut favoriser cette propriété hydrophobe du sol et augmenter le ruissellement. La disparition de la végétation et de la couche protectrice du sol augmente simultanément le risque d'érosion.

C'est pourquoi les premières pluies importantes suivant un grand incendie constituent une période particulièrement sensible pour la qualité des eaux de surface.

Quels contaminants peut-on retrouver après un incendie ?

Il n'existe pas une unique « pollution des incendies ».

La composition de l'eau après un feu dépend énormément de ce qui a brûlé et de la géologie locale.

Dans une forêt relativement éloignée des constructions, les principaux changements peuvent concerner les matières en suspension, les nutriments, le carbone organique, le fer, le manganèse et différents éléments minéraux.

Lorsque le feu atteint également des habitations, véhicules, installations industrielles, matériaux synthétiques ou infrastructures, la nature des substances susceptibles d'être libérées devient beaucoup plus complexe.

L'Environmental Protection Agency américaine (EPA) surveille notamment, dans ses recherches sur l'eau après les incendies, les nitrates, l'arsenic, certains composés organiques volatils et les sous-produits de désinfection.

Des hydrocarbures aromatiques polycycliques, ou HAP, peuvent également être produits lors de combustions incomplètes, notamment lors des feux de végétation. Leur présence éventuelle dans l'environnement dépend ensuite de leur transport, de leur adsorption sur les particules et des conditions locales.

Il serait donc incorrect de considérer toutes les zones incendiées comme présentant exactement la même contamination.

Et les nappes phréatiques ?

C'est probablement la question la plus importante.

Oui, une contamination des eaux souterraines est possible

Une partie de l'eau de pluie s'infiltre naturellement à travers les sols jusqu'aux eaux souterraines.

Après un incendie, certaines substances déposées à la surface ou libérées dans les premiers horizons du sol peuvent être dissoutes ou entraînées par cette eau.

Si la nappe est superficielle et peu protégée, certains contaminants peuvent donc théoriquement atteindre l'eau souterraine.

Ce risque augmente notamment lorsque :

  • la nappe se trouve près de la surface ;
  • les sols et formations géologiques sont très perméables ;
  • les précipitations après le feu sont importantes ;
  • l'incendie a été très intense ;
  • une grande proportion du bassin versant a brûlé ;
  • des bâtiments, véhicules ou installations contenant des substances chimiques ont également été détruits.

À l'inverse, une nappe profonde protégée par plusieurs couches géologiques peu perméables est généralement moins directement exposée à une pollution provenant de la surface.

Ce risque pour les nappes n'est pas seulement théorique

L'EPA a étudié des réseaux publics d'eau potable alimentés aussi bien par des eaux de surface que par des eaux souterraines après des incendies.

Les chercheurs ont observé que les systèmes utilisant des ressources souterraines pouvaient eux aussi présenter, après certains incendies, des augmentations significatives de plusieurs paramètres étudiés, notamment les nitrates et l'arsenic.

Cela démontre qu'un impact sur les ressources souterraines est possible.

Il faut cependant être prudent dans l'interprétation : ces études ont été réalisées principalement aux États-Unis et ne prouvent absolument pas que les nappes de Gironde ou des Landes sont actuellement contaminées.

Elles montrent un mécanisme possible et justifient une surveillance adaptée.

Pourquoi la Gironde et les Landes méritent-elles une attention particulière ?

La géologie du bassin aquitain est complexe et comporte plusieurs nappes superposées, certaines profondes et protégées, d'autres beaucoup plus superficielles.

Dans le secteur des Landes de Gascogne, le BRGM décrit notamment des aquifères libres du Plio-Quaternaire associés aux formations sableuses. Les études hydrogéologiques montrent également des relations importantes entre ces nappes superficielles et les cours d'eau qui les drainent.

Cela ne permet pas de conclure qu'un incendie comme celui de Saumos contaminera nécessairement la nappe.

En revanche, la combinaison d'immenses surfaces brûlées, de formations sableuses, d'eaux superficielles et souterraines interconnectées et des futures précipitations justifie scientifiquement de surveiller la qualité de l'eau dans les secteurs concernés.

C'est une conclusion de prudence hydrogéologique, et non le constat d'une pollution déjà mesurée.

Les eaux de surface sont généralement les premières concernées

Il est important de distinguer deux phénomènes.

Pour les rivières, ruisseaux, lacs et retenues, l'impact peut être relativement rapide : les cendres peuvent tomber directement dans l'eau et les pluies peuvent ensuite entraîner les matériaux brûlés vers les cours d'eau.

Pour une nappe souterraine, le transfert est généralement plus complexe. L'eau et les contaminants doivent traverser le sol et les formations géologiques avant d'atteindre l'aquifère.

Les conséquences peuvent donc être différées dans le temps.

L'USGS indique que les effets des incendies sur la qualité des ressources en eau peuvent persister plusieurs mois et, dans certaines situations, plusieurs années, notamment lors de fortes précipitations sur des bassins versants incendiés.

Faut-il s'inquiéter de l'eau potable en Gironde aujourd'hui ?

À la date de rédaction de cet article, 9 août 2026, nous n'avons identifié aucune communication officielle établissant que les incendies récents de Gironde ou des Landes ont provoqué une contamination généralisée des nappes phréatiques ou de l'eau potable.

Il serait donc incorrect d'affirmer que « l'eau de Gironde est contaminée ».

En revanche, les connaissances scientifiques montrent clairement qu'après des incendies de cette ampleur, la qualité des eaux superficielles et, dans certaines configurations hydrogéologiques, celle des eaux souterraines doivent faire l'objet d'une attention particulière.

Les analyses réalisées par les autorités sanitaires et les gestionnaires de l'eau sont les seules à pouvoir déterminer si un captage précis a réellement été affecté.

Une pollution qui peut apparaître après le feu

L'extinction de l'incendie ne signifie donc pas nécessairement la fin de son influence sur l'environnement.

Il existe en réalité plusieurs étapes :

Pendant l'incendie : fumées, poussières et cendres peuvent se déposer directement dans l'environnement.

Après l'incendie : les sols restent nus, fragilisés et exposés à l'érosion.

Lors des premières pluies : les cendres, particules et substances solubles peuvent être entraînées vers les fossés, rivières, lacs et zones d'infiltration.

Au cours des mois suivants : certains effets peuvent continuer à être observés au rythme des précipitations et de la récupération de la végétation.

C'est donc parfois après l'incendie que débute la période la plus intéressante à surveiller du point de vue de la qualité de l'eau.

Ce que l'on peut affirmer aujourd'hui

Les connaissances disponibles permettent de distinguer clairement ce qui est établi de ce qui reste à vérifier localement.

Il est établi que :

  • les grands incendies peuvent modifier durablement les sols, augmenter le ruissellement et l'érosion et dégrader la qualité des eaux situées en aval ;
  • des cendres, sédiments, nutriments, métaux et composés organiques peuvent être mobilisés après un incendie ;
  • les ressources en eaux souterraines peuvent, dans certaines circonstances, être affectées après des incendies.

En revanche, on ne peut pas affirmer aujourd'hui que les nappes phréatiques de Gironde ou des Landes ont été contaminées par les incendies de juillet 2026 sans disposer d'analyses démontrant cette contamination.

Conclusion

Les gigantesques incendies de l'été 2026 rappellent que les conséquences d'un feu de forêt ne s'arrêtent pas lorsque les flammes disparaissent.

La forêt participe au fonctionnement du cycle de l'eau : elle protège les sols, ralentit le ruissellement et intervient dans les échanges entre précipitations, sols, rivières et eaux souterraines.

Lorsqu'une surface forestière considérable brûle, cet équilibre est brutalement modifié.

Les premières ressources exposées sont généralement les eaux de surface, notamment lors des pluies qui suivent le feu. Mais les recherches scientifiques montrent également qu'une incidence sur certaines ressources souterraines est possible.

Pour la Gironde et les Landes, il faudra donc surtout observer ce qui se passera dans les mois suivant les incendies : précipitations, ruissellement, qualité des cours d'eau et résultats des contrôles des captages.

La bonne approche n'est ni d'affirmer qu'il n'existe aucun risque, ni de prétendre que les nappes sont déjà polluées.

Le risque existe. Son importance réelle ne pourra être déterminée que par la surveillance et l'analyse de l'eau.


Sources principales

Ministère de l'Intérieur, « Sur terre et dans les airs : combattre le feu sur tous les fronts », publié le 24 juillet et mis à jour le 31 juillet 2026. Bilan national des incendies et situation en Gironde.

Ministère de la Transition écologique, 6 août 2026, « Incendies en Gironde et dans les Landes : reconnaissance d'un sinistre de grande ampleur pour les forêts touchées ».

Préfecture du Var, août 2026, points de situation sur l'incendie du Gros Bessillon.

U.S. Environmental Protection Agency (EPA), « Wildfires and Water Quality Research », dernière mise à jour le 18 mars 2026. Recherches sur les conséquences des incendies pour les eaux de surface, les eaux souterraines et l'eau potable.

U.S. Geological Survey (USGS), « Water Quality after a Wildfire ». Synthèse des effets des incendies sur l'érosion, les sédiments, nutriments, métaux et ressources en eau.

BRGM, travaux hydrogéologiques sur les aquifères du bassin aquitain et le système Plio-Quaternaire des Landes de Gascogne.

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